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Sécurité psychologique en équipe : la condition du feedback

Sécurité psychologique en équipe : la condition du feedback

On peut enseigner toutes les méthodes de feedback du monde à une équipe qui n'ose pas parler : rien ne changera. Quand les gens ont davantage à perdre qu'à gagner en disant ce qu'ils voient, ils se taisent. Ce qui manque s'appelle la sécurité psychologique, et c'est le terrain sur lequel tout le reste pousse.

L'article définit la notion, indique comment la reconnaître et comment elle se perd, puis propose cinq gestes de dirigeant pour la construire. Il fait partie du cocon sur la culture du feedback en entreprise.

Une notion venue de la recherche

Amy Edmondson, professeure à la Harvard Business School, a donné son nom à la notion : la conviction partagée, dans une équipe, que l'on peut prendre un risque relationnel (poser une question, avouer une erreur, contredire) sans être sanctionné ni ridiculisé. L'étude Aristotle de Google sur ses équipes l'a retenue comme le plus déterminant des cinq facteurs qu'elle a dégagés.

Ce qu'elle n'est pas

Elle n'est pas synonyme de douceur ni d'absence d'exigence. Une équipe où l'on se sent en sécurité n'esquive pas les sujets difficiles : elle les aborde, parce qu'elle sait qu'ils seront entendus. Les équipes les plus solides combinent des attentes élevées et une forte sécurité.

Prendre le pouls du climat dans vos équipes

Mesurer la sécurité psychologique suppose de poser les bonnes questions aux bonnes personnes, sans que la manière de le faire fausse les réponses. Un premier échange permet de définir avec vous ce qu'il convient d'observer et le format adapté à votre organisation. Le tarif est établi sur devis personnalisé.

Les signes qui ne trompent pas

Dans une équipe où règne la sécurité psychologique, on voit vite que :

  • les erreurs sont annoncées tôt par ceux qui les ont commises ;
  • les questions élémentaires se posent sans s'excuser, y compris par les plus anciens ;
  • les désaccords se disent en séance, pas à la machine à café ;
  • les mauvaises nouvelles arrivent avant d'avoir enflé.

À l'inverse, une équipe silencieuse n'est pas une équipe sans difficulté. Le silence est un signal.

Comment une réunion peut tout gâcher

Une seule scène suffit. Lors d'une séance, un collaborateur chevronné interrompt un plus jeune qui propose une idée : « on a déjà essayé, ça ne marche pas ». La salle se ferme. L'idée disparaît, mais surtout, chacun a retenu qu'avancer une proposition peut coûter cher. Cette leçon survit longtemps à la séance, et c'est la réaction du responsable qui en décide la portée.

C'est l'un des cas que je fais jouer dans mes ateliers sur le feedback : il permet d'exercer la réaction de celui qui a assisté à la scène, c'est-à-dire dire ensuite ce qu'il a vu et l'effet que cela a eu sur le groupe.

Cinq gestes de dirigeant

  1. Reconnaître ses erreurs en premier. Qui dit « je me suis trompé » donne la permission aux autres.
  2. Questionner plutôt que conclure. « Qu'est-ce qui m'échappe ? » ouvre, « je pense que… » referme.
  3. Remercier la mauvaise nouvelle. Celui qui l'annonce a pris un risque. Le reprendre sur la forme garantit qu'on n'en recevra plus.
  4. Voir l'erreur comme une information. On cherche d'abord ce qu'elle enseigne sur le fonctionnement, avant de chercher un responsable.
  5. Montrer ce qui a changé. Quand un retour a mené à une décision, le dire. Un retour sans effet décourage le suivant.

Dans une entreprise suisse plurilingue

Dans une équipe où cohabitent plusieurs langues et plusieurs cultures de travail, le risque relationnel n'a pas la même forme pour tous. Prendre la parole en réunion dans sa troisième langue, contredire un supérieur, avouer une erreur devant des collègues d'une autre région : chacun de ces actes coûte plus ou moins cher selon l'habitude de chacun. Un dirigeant qui veut un retour franc peut ouvrir des voies explicites : des entretiens individuels, des questions transmises avant la séance, des retours recueillis par écrit.

Comment la mesurer

On peut la mesurer avec de courts questionnaires, comme l'échelle de sept affirmations d'Amy Edmondson, ou en observant simplement les quatre signes ci-dessus. Les chiffres n'ont de sens que si répondre n'a aucune conséquence pour celui qui répond, ce qui renvoie au climat dans lequel on pose la question.

Pour s'exercer à agir sur ce climat, la formation au feedback comprend un temps sur les gestes du dirigeant et sur la réaction à adopter face à une remarque déplacée.

FAQ

Que veut dire sécurité psychologique, en bref ?

C'est la certitude partagée, dans une équipe, que l'on peut signaler une erreur, poser une question ou contredire sans être puni ni tourné en ridicule. La notion est due à la chercheuse Amy Edmondson.

Comment la développer dans son équipe ?

Par ce que fait le responsable plus que par une charte : reconnaître ses erreurs, poser des questions, remercier les mauvaises nouvelles, voir l'erreur comme une information, montrer ce que l'on fait des retours. Des rituels brefs, comme un tour de table de fin de séance, installent ensuite ces gestes.

Peut-on être exigeant et rassurant à la fois ?

Oui, et les deux se renforcent. Sans exigence, l'équipe reste confortable. Sans sécurité, elle cache ses erreurs. L'objectif est d'avoir des ambitions élevées et la liberté d'en parler franchement.

Comment la mesurer ?

Par de courts questionnaires anonymes ou par l'observation : rapidité de remontée des mauvaises nouvelles, désaccords exprimés en séance, questions posées sans excuse.

Un manager peut-il agir seul ?

Largement : le comportement du responsable direct pèse très lourd. L'effet sera plus durable si la direction donne le même exemple et si les décisions du groupe ne contredisent pas ce que le manager cherche à installer.

Pour aller plus loin

Cet article a été rédigé par Marc Prager.